La puissance de la présence dans l’accompagnement

Et si nous cessions de vouloir immédiatement changer ?

Illustration Maïeusthésie : présence et accueil de soi avec reflets Photo : Athos Rivera

Nous avons appris à faire face à ce qui nous traverse. Quand une émotion est trop forte, nous cherchons à la comprendre. Quand une peur apparaît, nous cherchons à la dépasser. Quand une souffrance revient, nous cherchons son origine. Quand quelque chose nous échappe, nous cherchons une solution.

Nous sommes rarement simplement là. Même dans nos relations les plus proches, il y a cette tentation subtile : vouloir que quelque chose se passe. Que l'autre aille mieux. Qu'il comprenne. Qu'il se libère. Que la douleur disparaisse. Et parfois, c'est la même tentation que nous tournons vers nous-mêmes.

Et si nous faisions parfois l'expérience inverse ? Et si nous restions immobiles, véritablement présents, au milieu de ce qui est là ?

Rester avec ce qui est

Il y a une différence profonde entre observer une émotion et être en contact avec elle. Lorsque je me dis : « Je suis en colère et je dois me débarrasser de cette colère », je crée déjà une séparation. Il y a « moi », d'un côté, et « ma colère », de l'autre. Je deviens l'observateur de quelque chose que je voudrais modifier.

Le philosophe Krishnamurti pointait quelque chose de radical à cet endroit : l'observateur n'est peut-être pas séparé de ce qu'il observe. Celui qui dit « je suis anxieux » appartient aussi à cette anxiété. Celui qui dit « je dois changer » fait lui-même partie du mouvement qui cherche à changer.

Alors que se passe-t-il si, pendant un instant, je ne cherche plus à m'éloigner ? Je reste. Je sens ce qui est là — sans l'analyser immédiatement, sans le juger, sans essayer de lui donner une direction. Simplement rester en contact.

La présence avant la solution

Le psychologue Carl Rogers rejoint, à mes yeux, cette même intuition. Il pensait qu'être vraiment présent à quelqu'un ne consiste pas seulement à écouter ses mots, mais à être réellement avec lui, sans chercher à prendre le contrôle de ce qu'il vit.

Ne pas savoir à sa place. Ne pas interpréter trop vite. Ne pas chercher à le conduire vers un endroit où l'on pense qu'il devrait aller — mais lui offrir un espace dans lequel il peut rencontrer ce qui se passe en lui.

Cette qualité de présence peut sembler simple. Elle est pourtant loin d'être passive. Être présent, profondément, demande de ne pas fuir ce qui apparaît — de pouvoir rester là lorsque surgissent la peur, la colère, la tristesse, le silence, la confusion, ou même ce sentiment de vide dont on cherche si souvent à s'échapper.

Nous passons beaucoup de temps à nous échapper

Nous remplissons, nous parlons, nous travaillons, nous consommons, nous nous distrayons. Nous cherchons des réponses, des livres, des méthodes, des relations, des croyances, des projets. Toutes ces choses ont leur place. Mais elles peuvent aussi devenir des manières de ne pas rencontrer ce qui, en nous, demande simplement à être vécu.

Krishnamurti disait que nous pouvons chercher à remplir le vide de mille manières. Mais si nous cessons, ne serait-ce qu'un instant, de vouloir le remplir, quelque chose d'autre devient possible : voir le vide. Le rencontrer sans immédiatement chercher à le transformer.

Et lorsque nous cessons de lutter ?

C'est là que quelque chose de très mystérieux peut se produire. Une émotion qui semblait figée peut commencer à bouger. Une peur peut révéler ce qu'elle protégeait. Une tristesse peut enfin trouver son chemin. Une sensation corporelle peut changer. Un souvenir peut être rencontré autrement.

Non pas parce que nous avons forcé le changement — mais peut-être parce que nous avons cessé de nous opposer à ce qui était déjà en train de se vivre.

La présence ne fabrique pas nécessairement une transformation. Elle crée plutôt les conditions dans lesquelles une transformation peut avoir lieu.

Accompagner, ce n'est pas savoir quoi faire

Peut-être que la forme la plus profonde de soutien — envers un proche, ou envers soi-même — consiste moins à apporter une réponse qu'à pouvoir rester dans la question.

Rester lorsque rien ne semble bouger. Rester lorsque les mots disparaissent. Rester lorsque l'émotion devient intense. Rester sans s'abandonner à ce que l'on traverse, mais sans se voler non plus sa propre expérience.

C'est une présence qui dit, implicitement : « Je suis là. Tu n'as pas besoin de changer maintenant pour que je puisse rester avec toi. » Et parfois, c'est précisément à partir de cet endroit que quelque chose commence à se dénouer. Pas parce que nous avons trouvé la bonne technique. Mais parce que, pour la première fois peut-être, ce qui était là a pu être pleinement rencontré.

Cette résonne en vous ? Venons en parler ensemble.