Quand exister passe après tout le monde

Le poids de veiller sur les autres

Cet article est le développement et la version courte de la séance :
« Le poids du 'tout pour les autres' » →
Chemin vers la lumière - Illustration de la séance Photo : Véronique Azémard

Une personne demande un accompagnement parce qu'elle est épuisée.
Depuis toujours, elle prend soin des autres avant de prendre soin d'elle. Elle anticipe les besoins, apaise les tensions, organise, rassure, porte. Peu à peu, au fil de la séance, une évidence se dessine : elle ne sait plus vraiment qui elle est lorsqu'elle ne s'occupe de personne.

En laissant cette sensation se déployer, une image apparaît.
Une petite fille de trois ou quatre ans.
Elle observe les adultes, scrute leurs visages, écoute leurs voix. Elle veille sans relâche, comme si quelque chose d'essentiel dépendait d'elle.

Le praticien l'invite simplement à mettre son attention sur cette enfant.
Pas pour la changer.
Pas pour la rassurer.
Simplement pour être avec elle.

Le praticien Est-ce qu'elle vous voit ?

L'accompagnée Oui... Elle a l'air surprise.

Le praticien Vous pouvez simplement lui dire : "Je te vois."

Elle le lui murmure. Quelques larmes coulent sur ses joues.

Le praticien Comment est-ce pour elle d'entendre cela ?

L'accompagnée Elle pleure... Je crois que personne ne l'avait vraiment regardée. Tout le monde voyait une petite fille sage. Mais personne ne voyait combien elle faisait attention à tout. Elle continue de me regarder... Comme si elle voulait être certaine que je vais rester.

En restant simplement auprès d'elle, quelque chose finit par se révéler.
Cette enfant est convaincue que si elle cesse de surveiller les autres, quelque chose de grave pourrait arriver... et qu'elle en serait responsable.

Le praticien Vous pouvez lui dire à cette enfant : « Si quelque chose de grave pouvait arriver, et qu'en plus ce serait de ta faute, je comprends combien il est important pour toi de continuer à veiller. »

L'accompagnée (elle soupire longuement) Oui... C'est comme si, pour la première fois, quelqu'un comprenait pourquoi elle faisait tout cela.

Le praticien Elle a trois ou quatre ans et elle porte déjà tellement... Vous pouvez lui dire aussi : « Tu n'es qu'une toute petite fille. Et tu portes déjà tellement. »

L'accompagnée (pleure doucement) Oui... C'est comme si, enfin, quelqu'un prenait la mesure de ce qu'elle porte.

Le silence s'installe longuement.

Le praticien Prenez le temps qu'il faut avec elle.

(Long silence.) Et maintenant, vous, celle que vous êtes aujourd'hui... qu'avez-vous envie de lui dire ?

L'accompagnée J'ai envie de la prendre dans mes bras et d'être là pour elle.

Le praticien Allez-y, et dites-lui : « Je suis là pour toi, pas parce que tu fais quelque chose, mais juste parce que c'est toi. »

L'accompagnée (voix qui tremble puis s'apaise) Ok je le lui dit, elle hésite... puis son petit corps s'abandonne dans mes bras. Elle me demande si elle a encore le droit d'exister si elle ne surveille plus rien.

Le praticien Vous pouvez lui dire ce que vous pensez vraiment, maintenant ?

L'accompagnée (avec force et douceur) Tu as le droit d'exister même si tu ne fais rien pour personne. Tu comptes, juste parce que tu es là.

Le praticien Comment est-ce pour elle, d'entendre ça ?

L'accompagnée (longue respiration) Elle sourit. Un vrai sourire. Pas pour rassurer quelqu'un. Un sourire pour elle.

À la fin de la séance, le poids dont parlait l'accompagnée au début de la séance est encore présent, mais il n'occupe plus toute la place. Elle dira simplement :

"J'ai l'impression de pouvoir enfin déposer un poids que je portais depuis toujours."

Note du praticien

En maïeusthésie, le changement ne vient pas d'un conseil ni d'une tentative de corriger un comportement. Il naît de la rencontre d'une part de soi (d'un Être). Lorsque cette part, cet Être est enfin reconnu, vu dans ce qu'il porte, un apaisement peut émerger naturellement.

Séance fictive inspirée de situations rencontrées en accompagnement.